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Le charbonnage de Sirault


Le charbon oublié de Sirault

Quand on pense à la région du Borinage, on pense souvent aux mines de charbon, aux terrils et aux mineurs descendant profondément sous terre. Mais saviez-vous que Sirault a lui aussi connu une histoire liée au charbon ?
Cette histoire est pourtant bien différente de celle des grands charbonnages voisins. À Sirault, le charbon a bien été recherché et exploité, mais jamais en très grande quantité.

Les premières traces d'exploitation

L'histoire commence il y a près de trois siècles. Le 21 décembre 1731, le prévôt de la commune accorda un bail à plusieurs habitants et exploitants locaux, parmi lesquels Francq, Pernez et Lété. Ils reçurent l'autorisation d'extraire du charbon.
À cette époque, il ne s'agissait évidemment pas de grandes mines comme celles que l'on connaîtra plus tard dans le Borinage. L'exploitation était modeste et probablement très artisanale. Le charbon extrait servait surtout aux habitants et aux petits artisans.
Pendant longtemps, l'activité resta donc limitée. Sirault ne devint jamais une grande commune minière.

Un nouveau projet au XIXe siècle

Plus d'un siècle plus tard, l'intérêt pour le charbon de Sirault réapparut.
Le 29 février 1860, deux propriétaires vivant à Paris, C.L. Carpentier et Dejean, demandèrent l'autorisation d'exploiter le charbon sous le territoire de Sirault.
Leur projet était ambitieux. Ils souhaitaient obtenir une concession de plus de 1 662 hectares, soit pratiquement l'ensemble du territoire de la commune !
Mais il y avait un problème : le sous-sol de Sirault ne contenait pas partout du charbon exploitable.
Les spécialistes connaissaient la géologie de la région et savaient que certains terrains ne pouvaient pas contenir les couches de houille recherchées. Dans la vallée du Rieu Amand, notamment au nord de la fosse Saint-Hubert, on trouvait des affleurements de calcaire carbonifère.
L'administration des Mines décida donc de réduire fortement la superficie demandée.

La concession de 1862

Finalement, par Arrêté Royal du 30 septembre 1862, une concession fut accordée à la Société Civile du Charbonnage de Sirault.
Mais au lieu des plus de 1 600 hectares demandés au départ, la concession ne couvrait plus que 248 hectares.
Le bornage officiel, c'est-à-dire la délimitation précise du territoire concerné, fut réalisé en 1863.
Cette concession ne fut pas accordée sans discussions. Un autre homme, Auguste Harmignies, avait lui aussi fait valoir ses droits le 12 mars 1860. Il estimait posséder certains anciens droits sur l'exploitation du charbon dans la région.

Pourquoi Sirault n'est-il jamais devenu une grande commune minière ?


Malgré les projets et l'obtention officielle d'une concession, le charbonnage de Sirault ne connut jamais un véritable développement.
Les grandes mines demandent beaucoup d'argent, de machines, d'ouvriers et surtout la présence de couches de charbon suffisamment importantes pour rendre l'exploitation rentable.
À Sirault, ces conditions ne furent jamais vraiment réunies.
Alors que des communes voisines connurent une importante activité minière et virent apparaître des fosses, des terrils et des milliers de mineurs, Sirault resta à l'écart de cette grande aventure industrielle.

Une petite histoire dans la grande histoire du charbon


L'histoire du charbon à Sirault est donc une histoire assez particulière.
Le charbon y fut exploité dès le XVIIIe siècle. Des projets plus importants furent ensuite imaginés au XIXe siècle et une concession officielle fut même accordée en 1862.
Mais aucun grand charbonnage ne vit réellement le jour.
Aujourd'hui, cette histoire est presque oubliée. Pourtant, elle rappelle que le sous-sol de Sirault a lui aussi attiré l'attention des chercheurs et des entrepreneurs à une époque où le charbon était l'une des principales sources d'énergie.
Sirault n'a peut-être jamais connu les grandes mines du Borinage, mais son histoire montre que même les petites communes ont participé, à leur manière, à la grande aventure industrielle de notre région.

La fosse Saint-Hubert : le rêve minier de Sirault

L'histoire du charbon à Sirault ne se limite pas à une simple concession sur le papier. Une véritable mine fut également creusée sur le territoire de la commune : la fosse Saint-Hubert.
Pendant quelques années, des hommes descendirent sous terre pour tenter d'y extraire le charbon caché dans le sous-sol. Mais cette aventure minière fut courte et difficile.

Creuser vers les profondeurs

Pour exploiter le charbon, il fallait d'abord creuser un puits. Celui de la fosse Saint-Hubert fut enfoncé jusqu'à une profondeur de 103 mètres.
Avant d'atteindre les roches contenant le charbon, les mineurs durent traverser environ 8 mètres et demi de « morts-terrains ». Ce terme désigne les couches de terre et de roches situées près de la surface qui ne contiennent pas de charbon exploitable.
Le puits atteignit ensuite le terrain houiller, c'est-à-dire les couches géologiques dans lesquelles on pouvait trouver du charbon.
À seulement 10 mètres de profondeur, les mineurs rencontrèrent déjà une petite couche de charbon d'environ 15 centimètres d'épaisseur. En poursuivant leurs travaux, plusieurs autres veines furent découvertes.

Les veines de charbon

Les mineurs donnèrent des noms aux différentes couches de charbon rencontrées sous terre :

* la veine Carpentier, d'une épaisseur de 54 centimètres ;
* la veine Cambier, d'une épaisseur de 60 centimètres ;
* la veine Braquart, d'une épaisseur de 68 centimètres ;
* la veine Souillart, d'une épaisseur de seulement 28 centimètres.

Ces chiffres peuvent sembler importants, mais pour une exploitation minière, ces couches restaient relativement minces.
De plus, les couches de charbon étaient inclinées d'environ 35 degrés vers le sud. Cette inclinaison rendait le travail des mineurs encore plus compliqué.
Parmi toutes les veines découvertes, seules les couches Cambier et Braquart furent réellement exploitées.

Une exploitation difficile

Les travaux furent organisés à différents niveaux dans la mine, notamment à 78 mètres et à 103 mètres de profondeur.
Les mineurs y descendaient pour extraire le charbon, mais l'exploitation ne fut jamais très importante.
Le principal problème était la faible quantité de charbon disponible. La concession elle-même était de petite taille et les couches de charbon étaient minces.
La qualité du charbon posait également problème. Il était très sulfureux, c'est-à-dire qu'il contenait beaucoup de soufre. Ce type de charbon était moins intéressant et moins recherché.
Avec le temps, il devint évident que la mine ne pouvait pas rivaliser avec les grands charbonnages voisins.

La fermeture de la fosse

L'extraction du charbon à la fosse Saint-Hubert fut finalement arrêtée en 1878.
Cette même année, les propriétaires de la mine, MM. Chopin d'Arnouville et Compagnie, installés à Paris, tentèrent de remettre l'exploitation en activité.
Mais cette tentative échoua.
Le sous-sol de Sirault ne semblait tout simplement pas suffisamment riche pour permettre une exploitation rentable et durable.
Les couches de charbon étaient pauvres et probablement encore plus minces que ce que les premiers rapports avaient annoncé.

La fin définitive du charbonnage

Après l'arrêt des travaux, la concession resta pratiquement sans activité.
Les années passèrent et le projet de faire de Sirault une véritable commune minière disparut progressivement.
Finalement, un Arrêté Royal du 10 juin 1924 prononça officiellement la déchéance de la société propriétaire de la concession. À cette époque, elle portait le nom de Société Anonyme du Charbonnage des Vingt Actions.
Le dernier directeur connu de la société fut Monsieur Bachy.
Cette décision marqua définitivement la fin de l'aventure charbonnière de Sirault.

Une mine aujourd'hui presque oubliée


La fosse Saint-Hubert n'a jamais atteint l'importance des grandes mines du Borinage.
Son existence fut relativement courte et l'exploitation du charbon ne dura que quelques années. Pourtant, elle représente un épisode important de l'histoire de Sirault.
Pendant un temps, des hommes ont travaillé à plus de 100 mètres sous terre dans l'espoir de trouver suffisamment de charbon pour faire vivre une véritable industrie minière dans la commune.
Mais le sous-sol de Sirault en avait décidé autrement.
Les couches étaient trop minces, le charbon de qualité insuffisante et les réserves trop limitées.
Aujourd'hui, l'histoire de la fosse Saint-Hubert rappelle une époque où l'on espérait que Sirault rejoindrait les grandes communes minières de la région. Ce rêve n'a jamais vraiment vu le jour, mais il fait néanmoins partie du patrimoine et de la mémoire de la commune.

Moniteur du 5 octobre 1862


Léopold, etc. Vu la requête, en date du 29 février 1860, par laquelle les sieurs C.L. Carpentier-Dejean, propriétaire à Paris et consorts, représentant la société civile du charbonnage de Sirault, sollicitent la concession des mines de houille gisantes dans la commune de Sirault sous une étendue de 1,662 hectares 88 ares 50 centiares.
Vu le plan de surface, en triple expédition, et les pièces justifiant de l'accomplissement des formalités de publications et d'affiches.
Vu l'acte sous seing privé, en date du 29 septembre 1859, réglant les conditions de l'association des demandeurs, ledit acte reçu en dépôt par le notaire Leturgie, à Béthune, le 28 décembre suivant.
Vu la demande en concurrence présentée le 12 mars 1860, par les sieurs Auguste Harmegnies et consorts, tentante à obtenir la concession des mines de houille gisante sous une partie de la commune de Sirault, dans une étendue de 341 hectares 58 ares 9 centiares.
Vu l'opposition, en date du 27 novembre 1860 et du 11 août 1862, par laquelle lesdits sieurs Harmegnies et consorts invoquent, à l'appui de leur demande en concession, leur qualité d'héritiers des sieurs Francq, Pernez, Lété et autres, anciens exploitants du charbonnage de Sirault, ainsi qu'un bail délivré par le prévôt de cette commune, le 21 décembre 1731.
Vu les oppositions des sieurs Narcisse Pernez et consorts et des sieurs Antoine Attenelle et consorts, en date des 25 mai, 2 juillet, 25 et 30 novembre 1860, revendiquant une part dans le charbonnage de Sirault du chef de leurs auteurs Pernez et Lété, anciens titulaires du bail ci-dessus mentionné.
Vu les requêtes en date du 25 mai et du 23 novembre 1860, par lesquelles les sieurs J-B Neute et consorts réclament un intérêt dans la société civile du charbonnage de Sirault du chef de la cession que le sieur Prosper Brouez, leur ancien associé, aurait faite à cette société des droits qu’ils possèdent dans ledit charbonnage.
Vu la réplique des demandeurs, en date du 14 janvier 1860.
Vu les rapports des ingénieurs des mines. Vu l'avis de la députation permanente du conseil provincial du Hainaut, du 7 juin 1862.
Vu l'avis du conseil des mines, du 22 août suivant.
Vu le cahier des charges souscrit par la société demanderesse.
Vu les autres pièces de l'instruction, notamment le bail du 21 décembre 1731, par lequel le prévôt de Sirault avait permis aux sieurs Jacques-Philippe Francq, Jean Pernez, Pierre Lété et à leurs associés, d'extraire la houille dans le territoire de cette commune, pour l'espace de neuf ans à commencer le 1er janvier 1732, lequel bail contenant une note marginale parafée par le prévôt lui-même, et conçue comme suit:
Ladite convention n'a pas eu lieu, les entrepreneurs, après avoir tiré quelque temps et vendu ce qu’ils avaient tiré, ont abandonné leurs ouvrages.
Vu les lois du 21 avril 1810 et du 2 mai 1837.
Considérant que les formalités prescrites ont été remplies.
En ce qui concerne la demande en concurrence et les oppositions.
Considérant que le bail du 21 décembre 1731 sur lequel s'appuient les sieurs Harmegnies, Pernez, Allenelle et consorts se disant les représentants des anciens concessionnaires du charbonnage de Sirault n'a pu leur conférer aucun droit à la propriété de ce charbonnage, attendu qu'il n'a été accordé que pour une durée de neuf années. Considérant d'ailleurs que l'invalidité dudit bail a déjà été reconnue par l'arrêté royal du 29 mars 1841, qui a rejeté la demande en maintenue de concession formée par les sieurs C.J. et J. Lété, le 18 février 1839 et motivée sur leur qualité d'héritiers des anciens titulaires du même bail.
Considérant en outre les auteurs de la demande en concurrence ne sont ni propriétaires, ni aux droits des propriétaires de la surface et qu'ils ne peuvent pas invoquer le titre d'inventeur de la mine.
Le 30 septembre 1872, vente publique du charbonnage.
Un puits, dénommé Saint Hubert, a été creusé jusqu'à la profondeur de 103 mètres, seules les couches du nom de "Cambier et Braquart" ont fait l'objet d'une exploitation à une profondeur de 78 mètres et de 103 mètres, l'extraction fut arrêtée en 1878.
En 1881, de nouveaux propriétaires ont essayé mais sans succès.au lieu-dit "Les Bruyères Percheuses" aux confins d'Hautrage.

Le matériel du charbonnage en vente le 30 septembre 1872 était :
61 ares 71 centiares de terrain sur lequel était construits les bâtiments. Une machine à vapeur de la force de 60 chevaux avec ses accessoires, 2 générateurs, chaudières etc. 17,000 pavés en grès calcaire. La concession charbonnière d'une étendue de 248 hectares.
La séance d'adjudication chez Decroly, marchand de bois et cabaretier à Hautrage.

Courrier de l'Escaut du 29 mars 1900

Le bruit court depuis quelque temps qu'une société aurait l'intention de remettre en activité le charbonnage de Sirault. Ce charbonnage a été abandonné il y a quelques années, le charbon y est, paraît-il, très abondant, mais très grisouteux. Cette reprise plairait beaucoup à la population ouvrière de notre commune. Qui vivra verra.

Sirault Neufmaison Villerot

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