Les 6 moulins de Sirault
Le Moulin à papier
Le Moulin à Papier de Sirault est implanté dans une dépression naturelle du terrain que l’on appelle communément "La Vallée". Cette petite cuvette est traversée par le "Rieu Amand", un ruisseau qui a longtemps animé le moulin par la force de son courant. Sur le pignon du bâtiment principal, on peut encore distinguer la date de 1778, gravée dans la pierre, témoignant de l’ancienneté de ce site industriel.
L’ensemble architectural du moulin présente une structure chaulée, typique des constructions des XVIIIe et XIXe siècles, disposée en ordre serré. Bien que partiellement transformé au cours du XXe siècle, le moulin conserve encore aujourd’hui de nombreux éléments d’origine qui rappellent son histoire et son importance.
Ce moulin était mû par le ruisseau des Fontaines, une source d’eau qui a permis dès le Moyen Âge le fonctionnement de ce lieu. Il est attesté dans des documents dès l’année 1366, ce qui en fait l’un des plus anciens moulins connus dans la région. Son existence fut si marquante que le hameau situé aux alentours prit lui aussi le nom de "Moulin à Papier", une appellation déjà mentionnée en 1772 dans les archives locales.
Le bâtiment principal du XIXe siècle se compose de deux niveaux construits en moellons et briques. Ces matériaux traditionnels sont habilement combinés pour créer une façade percée de larges baies cintrées qui laissent pénétrer la lumière dans les ateliers autrefois dédiés à la fabrication du papier. La toiture, recouverte de tuiles en terre cuite, est à croupes, une forme architecturale élégante et fonctionnelle qui permet une bonne évacuation des eaux pluviales. Une lucarne monte-charge, vestige des mécanismes anciens, s’ouvre sur le toit et témoigne de l’activité industrielle qui s’y déroulait.
Le logis attenant au moulin, bien que remanié et dépourvu aujourd’hui de caractère particulier, servait autrefois de lieu d’habitation pour les meuniers et les ouvriers. Il est prolongé vers le bas par une série de dépendances construites en moellons. Ces annexes comportent plusieurs percements en arc surbaissé, qui apportent une touche d’architecture traditionnelle, ainsi qu’une porte-charretière dotée d’un linteau droit, conçue pour faciliter l’entrée et la sortie des véhicules transportant matières premières et produits finis.
Enfin, une frise dentée ornée de petits denticules décore la façade côté cour, ajoutant une subtile élégance à l’ensemble.
Aujourd’hui, ce moulin à papier est non seulement un témoignage précieux du patrimoine industriel de Sirault, mais aussi un symbole de l’ingéniosité et du savoir-faire artisanal qui ont animé cette région pendant plusieurs siècles. Il rappelle l’importance de la production artisanale dans l’économie locale avant l’ère industrielle moderne.
Le Moulin Degardin
L’ancien moulin de la prévôté de Sirault, rattaché à l’illustre abbaye de Saint Amand, est un témoin remarquable de l’histoire industrielle et agricole de la région. Situé dans le hameau du Marais, ce moulin à eau est attesté dès l’année 1417 dans les archives locales, soulignant son ancienneté et son importance dans la vie économique et sociale du village.
Le 23 mai 1741, Dom Maur Roelans, alors prévôt de Sirault, confirma officiellement la propriété du "Moulin de Sirault" à la prévôté, marquant ainsi son rôle central dans l’administration locale. Ce moulin était équipé d’un seul tournant, sa roue étant une roue à pots, c’est-à-dire une roue composée de caissons remplis d’eau permettant d’actionner la meule. Il fonctionnait grâce au débit modéré d’un petit ruisseau, formé par plusieurs fontaines, qui alimentait la roue en continu. Le moulin servait principalement à moudre le grain pour la farine, une activité essentielle pour nourrir la population locale.
Au fil des siècles, ce moulin demeura un élément clé du paysage rural, mais c’est au début du XXe siècle qu’un grand changement intervint. En 1907, une usine fut construite à proximité des bâtiments de l’ancien moulin Degardin, modernisant ainsi l’activité locale. Cette nouvelle installation industrielle comprenait de nombreux locaux dédiés à la production en série, dont un four continu impressionnant de 80 mètres de longueur, permettant la cuisson constante et efficace des produits. À côté, un vaste séchoir était aménagé pour parfaire le traitement des matériaux avant leur transformation finale.
L’usine était équipée de sept presses mécaniques qui permettaient la fabrication quotidienne de plus de 40 000 pots à fleurs, déclinés en plus de vingt formats différents, répondant ainsi à une large gamme de besoins horticoles et domestiques. Cette production à grande échelle témoigne de l’essor industriel de Sirault à cette époque, où l’artisanat traditionnel laissait peu à peu la place à des procédés mécanisés et à une production de masse.
Malheureusement, malgré la qualité et la quantité de la production, l’usine dut faire face à un obstacle majeur : le manque d’exportation. L’absence de débouchés suffisants sur les marchés extérieurs conduisit à un déclin progressif de l’activité, obligeant l’usine à fermer ses portes. Ce déclin marque la fin d’une ère pour ce site, qui, de moulin médiéval à usine moderne, reflète les transformations profondes que connut Sirault au cours des siècles.
Aujourd’hui, cet ancien moulin et l’usine qui lui succéda témoignent du riche passé industriel de la région et invitent à réfléchir sur les évolutions économiques qui ont façonné les villages et les communautés rurales.
Carte des affluents du "Rieu des Fontaines"
Le réseau hydrographique qui irrigue la région autour de Sirault est constitué d’un ensemble de petits cours d’eau, dont le principal est le "ruisseau des Fontaines". Ce ruisseau, modeste mais essentiel, recueille les eaux provenant de plusieurs affluents, chacun portant un nom qui reflète souvent l’histoire locale, la géographie ou la végétation environnante.
Parmi ces affluents, le ruisseau des Couloirs est sans doute l’un des plus connus. Son nom évoque probablement un passage étroit ou un chemin encaissé à travers lequel il serpente, formant ainsi un couloir naturel dans le paysage. Il joue un rôle important en alimentant le ruisseau principal et en contribuant à la richesse écologique de la région, en abritant une faune et une flore variées.
Un autre affluent notable est le ruisseau des Aulnois, dont le nom est directement lié à la présence abondante d’aulnes sur ses berges. Ces arbres, souvent plantés en bordure des cours d’eau, participent à la stabilisation des sols et à la filtration naturelle des eaux, créant ainsi un habitat propice à de nombreuses espèces aquatiques et terrestres. Le ruisseau des Aulnois est un véritable refuge naturel et contribue à la biodiversité locale.
Les Hayettes, un autre affluent, tire probablement son nom des haies qui longent son parcours. Ces haies étaient traditionnellement utilisées pour délimiter les parcelles agricoles et offrir un abri aux animaux et aux cultures. Elles jouent un rôle écologique non négligeable, favorisant la connexion entre différents milieux naturels et servant de corridor pour la faune sauvage.
Parmi les affluents, on trouve également celui des Dix Bonniers, dont la dénomination pourrait faire référence à une ancienne mesure de superficie de terre, le bonnier, utilisée autrefois dans la région. Ce ruisseau, modeste mais constant, traversait sans doute des parcelles agricoles d’une superficie notable, expliquant ainsi son nom.
Le ruisseau du Vivier Baland est lui aussi une composante importante de ce réseau. Le terme "vivier" évoque un lieu où l’on conservait ou élevait des poissons, signe que ce ruisseau était peut-être utilisé à des fins piscicoles ou qu’il alimentait un bassin destiné à cet usage. Le nom "Baland" pourrait être lié à une famille locale ou à une caractéristique géographique spécifique.
Enfin, le ruisseau Saint-Pierre, qui complète cette liste d’affluents, porte un nom religieux, ce qui est courant dans les toponymes de la région. Il pourrait désigner une chapelle, une croix ou un lieu de culte situé à proximité, témoignant de l’importance de la religion dans la vie des habitants et dans la désignation des lieux.
Chacun de ces affluents contribue non seulement à l’alimentation du ruisseau des Fontaines, mais aussi à la richesse paysagère, écologique et historique de Sirault et de ses environs. Ils témoignent d’un héritage naturel précieux, façonné par des siècles d’interaction entre les habitants et leur environnement, où chaque nom raconte une histoire, parfois discrète, parfois emblématique, d’un territoire en perpétuelle évolution.
Les quatres Moulins à vent
À Sirault, plusieurs moulins à vent ont marqué le paysage rural et l’histoire locale, témoignant d’une époque où la meunerie jouait un rôle essentiel dans la vie quotidienne et l’économie du village.
Le moulin à vent en bois dit "Degand", autrefois perché derrière le Calvaire, était implanté le long de la rue Albert Bériot — autrefois appelée chemin de Beloeil — sur la parcelle 299/a en 1858. Ce moulin, typique de son époque, fut démonté en 1875, laissant place à d’autres évolutions dans les modes de production.
Un autre moulin à vent en bois, connu sous les noms de "la Savate" ou "de Saint-Hubert", appartenait à la famille Alexis Coulon. Il se situait le long de la rue des Maquisards et de la rue Pol Gigot, anciennement nommée chemin de la Savate, sur la parcelle 1827 en 1858. Ce moulin fut démoli en 1911. Le meunier, après ses journées de travail, trouvait refuge à la ferme Saint-Hubert, implantée sur la rue Pol Gigot. Cette ferme est aujourd’hui la propriété de Monsieur Jean Potiez, rappel vivant de ce passé rural.
Plus imposant, le moulin à vent en briques dit de "Jean-Bastié" se dressait au Grand Point du Jour, derrière l’ancienne ferme restaurée qui porte le même nom. Situé également le long de la rue Albert Bériot, anciennement le grand chemin de Chièvres à Pommeroeul (parcelle 233/c en 1858), ce moulin fut détruit en 1894, marquant la fin d’une ère pour cet édifice qui dominait autrefois le paysage environnant.
Enfin, le moulin à vent en briques appelé "La Marcotte", appartenant à la famille Loisele, notamment à Léopold Loisele (1839-) et à Augustine (1840-1908), fut construit en 1835. Situé rue Paul Gobert, ancien chemin reliant Condé à Mons (parcelle 217/a en 1858), ce moulin connut une longue existence avant d’être démoli en 1924.
Ces moulins, aujourd’hui disparus, restent des témoins précieux du patrimoine industriel et agricole de Sirault, symboles d’un savoir-faire ancestral et de la vie rurale qui animait autrefois la région.
Emplacement de l'ancien moulin dit de" La Savate"
Moulin en bois, appartenait à la famille Alexis Coulon, au lieu-dit
"La Savatte".
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