Lenoir, Jean, Jules, Edouard
Né à Sirault le 11 mai 1920
Jean Jules Edouard Lenoir, né le 11 mai 1920 à Sirault, était militaire de carrière et volontaire lorsqu’en ce jour fatidique du 10 mai 1940, la guerre éclata soudainement en Belgique. Sans faillir à son devoir, il s’engagea courageusement dans la difficile campagne des 18 jours avec son unité, faisant front avec détermination face à la brutale avancée de l’envahisseur.
De retour dans son village natal après la capitulation de l'armée, Jean Lenoir refusa catégoriquement de se résigner à la défaite. Porté par un amour profond pour sa patrie et un sens aigu de la liberté, il décida de poursuivre le combat dans l’ombre et s’investit activement au sein de la Résistance. Rapidement affilié à la section locale de l’Armée Secrète Belge (A.S.B.), ses qualités de meneur d'hommes s’imposèrent naturellement : il devint le chef incontesté du noyau de résistance de Sirault. Durant toute la période sombre de l’occupation, son engagement fut total. Il structura le réseau en recrutant de nouveaux patriotes, mit sur pied des circuits de renseignements cruciaux pour les Alliés et mena avec brio une multitude de missions clandestines périlleuses.
C'est dans ce contexte de clandestinité permanente que Jean Lenoir scella sa vie personnelle. Le 31 janvier 1944, il épousa à Sirault sa compagne, Gevart Marie Madeleine. Cet engagement familial prit une dimension encore plus tragique à l'été 1944. Son combat personnel frappa de plein fouet ses proches : le 10 août 1944, son père, Jules Lenoir, fut brutalement arrêté par l'occupant et envoyé en déportation vers le redoutable camp de Mauthausen, où il finit par périr en martyr en raison des activités patriotiques de sa famille.
À l’approche immédiate de la Libération, alors que les troupes alliées approchaient, Jean Lenoir ne recula devant aucun sacrifice, faisant passer le salut public avant ses propres responsabilités familiales de jeune mari et de père. À la tête de son détachement de l’Armée Secrète, il prit part à plusieurs actions offensives frontales pour déloger les troupes ennemies en déroute.
C’est précisément au cours d’une de ces opérations de nettoyage, le 4 septembre 1944, qu'il trouva une mort héroïque. Revenu sur le terrain avec plusieurs camarades pour accomplir une mission ciblée, il fut informé qu'un groupe de soldats allemands en retraite s'était retranché dans un bosquet local bien connu, appelé le Trieu-Maquette. Estimant le danger immédiat pour la population civile, il prit sans hésiter la décision de mener l'assaut.
Arrivé sur les lieux, Jean Lenoir déploya avec tactique ses hommes afin d'encercler totalement le bois. Se voyant pris au piège par le dispositif de la Résistance, les militaires allemands finirent par lever les bras en signe de reddition. Faisant confiance aux lois de la guerre et à la parole donnée par ses adversaires, Lenoir s’avança à découvert pour entamer la procédure de désarmement. C'est à ce moment précis que la trahison s'abattit sur eux : rompant subitement leur promesse de reddition, les Allemands ouvrirent le feu. Une violente rafale de mitrailleuse éclata, fauchant instantanément le chef de réseau sur le coup et blessant mortellement à ses côtés son fidèle compagnon d’armes, Raymond Liénard.
Le sacrifice suprême de Jean Lenoir demeure à jamais inscrit dans l'histoire locale comme un symbole puissant de courage, de loyauté et de dévouement absolu. Pour honorer de manière permanente la mémoire de ce citoyen d'exception, les autorités communales décidèrent après-guerre, en 1946, de débaptiser l’ancienne rue Dupire pour la renommer fièrement rue Jean Lenoir, inscrivant ainsi son nom dans le quotidien des habitants de Sirault.
L'embuscade et la trahison des soldats allemands du Trieu-Maquette
Le 4 septembre 1944, l’atmosphère est lourde à Sirault. Les rumeurs de la Libération imminente circulent, mais le danger rôde encore. Jean Lenoir et son fidèle camarade, Raymond Liénard, avancent prudemment le long d’une route bordée d'un épais bosquet. Ils savent que des soldats allemands en déroute se cachent dans les environs.
Soudain, au détour du chemin, les feuillages s'agitent. Jean plisse les yeux et s'arrête net. À la lisière du bois, un soldat allemand vient d'apparaître. L'homme lève ses bras et agite nerveusement, au bout du canon de son fusil, un chiffon blanc en signe de reddition.
Pensant la situation sous contrôle, Jean Lenoir amorce un pas en avant pour aller le désarmer. Instinctivement, Raymond le retient par la manche et murmure d’une voix tendue :
— Fais attention, Jean...
Jean se retourne vers lui, confiant dans les lois de la guerre, et lui répond doucement pour le rassurer :
— Ne t'en fais pas, il se rend.
Mais la prudence de Raymond était tragiquement fondée. À peine Jean a-t-il fait quelques pas à découvert que le soldat allemand rabat son arme. C'est un piège. Dans un fracas assourdissant, l'ennemi ouvre le feu et lâche une violente rafale. Jean Lenoir est fauché et tué sur le coup. Une seconde balle siffle et atteint Raymond Liénard en pleine tête. Il s'effondre à son tour.
Derrière eux, le reste du groupe de résistants réagit instantanément. Fous de rage et de douleur en voyant leurs chefs tomber, ils ouvrent un feu nourri sur la lisière du bois. L'Allemand qui a tiré est mortellement touché par la riposte et s'écroule dans l'herbe. Pris de panique face à la puissance de la réplique des résistants, les autres soldats allemands qui l'accompagnaient et se cachaient dans les fourrés en profitent pour s'enfuir à travers bois, abandonnant leur camarade.
La fusillade cesse aussi vite qu'elle a commencé, laissant place à un silence pesant. Les résistants se précipitent vers le soldat ennemi agonisant. Ils le transportent tant bien que mal jusque sur la paille d'une grange située non loin de la route, où l'Allemand finira par succomber à ses blessures quelques instants plus tard.
Pour Raymond Liénard, le calvaire ne fait que commencer. Contre toute attente, il a survécu au projectile. Évacué d'urgence, il entame un douloureux combat pour sa vie. Pendant un mois entier, Raymond survivra avec cette balle dans la tête, endurant d'affreuses et incessantes souffrances. Malgré son courage et les soins apportés, ses blessures finissent par l'emporter, scellant à jamais son destin à celui de Jean Lenoir dans le martyrologe de Sirault.
Sirault Neufmaison Villerot
Copyright 2026: Mangelinckx Didier - Loiselet Marie-Line